
Damas, Syrie – 3 février 2026
Alors que les autorités syriennes évoquent régulièrement un assouplissement des sanctions et une reprise du fonctionnement du système SWIFT, la réalité du terrain bancaire demeure inchangée : les transferts financiers internationaux à destination et en provenance de la Syrie restent, dans les faits, largement bloqués. Pour les citoyens, les expatriés comme pour les investisseurs potentiels, le système bancaire syrien continue d’opérer en marge de l’économie mondiale.
Des canaux limités, coûteux et inadaptés
Les seules solutions opérationnelles passent aujourd’hui par certaines sociétés de transfert de fonds — Western Union, MoneyGram ou Galaxy Transfer — via des intermédiaires locaux. Ces mécanismes, tolérés dans un cadre strictement humanitaire et social, imposent des commissions élevées et des plafonds rarement supérieurs à 2 000 dollars par opération.
Dans le cas de Western Union, les frais peuvent dépasser 10 % du montant transféré, tandis que les bénéficiaires sont contraints de se rendre dans un point de paiement unique à Damas, au prix de longues heures d’attente. Une situation difficilement compatible avec les besoins d’une économie en quête urgente de devises.
SWIFT : un signal politique plus qu’un outil opérationnel
La réintégration technique au réseau SWIFT est souvent présentée comme une avancée majeure. Or, SWIFT n’est qu’un système de messagerie interbancaire : il ne garantit ni l’exécution des transferts ni l’existence de relations bancaires effectives.
Sans banques correspondantes prêtes à assumer le risque syrien, le rétablissement de SWIFT reste largement symbolique.
Une levée des sanctions largement partielle
Contrairement au discours officiel, aucune levée globale des sanctions bancaires n’a eu lieu. Les sanctions américaines fondamentales demeurent en vigueur, notamment via les dispositifs de l’OFAC et le Caesar Act. Du côté européen, certaines mesures ont été assouplies ou réinterprétées, sans toutefois permettre une normalisation bancaire complète.
Les mesures en place relèvent principalement d’exemptions ciblées et humanitaires, insuffisantes pour réintégrer les banques syriennes dans les circuits financiers internationaux.
Des banques toujours perçues comme à haut risque
Au-delà des annonces politiques, les banques internationales se fondent sur des critères techniques : notation du risque, exposition réputationnelle, exigences strictes en matière de conformité et de lutte contre le blanchiment.
Dans ce contexte, ni les banques européennes, ni celles du Golfe ou d’Asie ne souhaitent établir de relations de correspondance avec les établissements syriens, craignant des sanctions financières lourdes en cas de non-conformité.
Un filet social, pas une stratégie économique
L’autorisation donnée aux sociétés de transfert ne saurait être interprétée comme une politique monétaire ou bancaire. Elle constitue avant tout un mécanisme de protection sociale minimal, destiné aux transferts individuels de subsistance, sans lien avec le financement du commerce extérieur, de l’investissement ou de la reconstruction.
Reconstruction et investissements : une équation impossible
Dans ces conditions, toute stratégie de reconstruction ou d’attraction des capitaux de la diaspora se heurte à une impasse structurelle. L’absence de canaux bancaires fonctionnels, le blocage des flux d’investissement et la paralysie du crédit poussent mécaniquement la Syrie vers une dépendance accrue aux financements internationaux.
Le recours au Fonds monétaire international ou à la Banque mondiale apparaît dès lors comme une option de plus en plus probable, avec les contraintes qu’elle implique : programmes conditionnels, politiques d’austérité et réduction progressive des subventions sur les produits de base.
Des questions sans réponses claires
Les autorités monétaires syriennes restent aujourd’hui confrontées à des interrogations fondamentales :
Quelle est la réalité juridique exacte du régime des sanctions bancaires ?
Quelles démarches concrètes ont été engagées pour restaurer les relations avec des banques correspondantes ?
Les dispositifs de conformité et de transparence ont-ils été modernisés et audités par des acteurs indépendants ?
Pourquoi aucun mécanisme spécifique n’a-t-il été mis en place pour canaliser les transferts des expatriés vers des projets d’investissement productif ?
À quel horizon les banques syriennes pourront-elles reprendre leur rôle de financement de l’économie réelle ?
Une normalisation encore hors de portée
En l’absence de réponses claires et d’un calendrier précis, la normalisation financière de la Syrie demeure largement théorique.
Sans réouverture effective du système bancaire, les discours sur la reconstruction, la relance économique et le retour des capitaux restent déconnectés des réalités opérationnelles.
Dans une économie en crise profonde, la marginalisation durable du secteur bancaire ne fait qu’aggraver l’asphyxie financière et retarder toute perspective de redressement durable.
Hassan Faraj
Spécialiste en diplomatie et stratégie de défense