Donald Trump de retour à la maison blanche, à quoi s’attendre ?

Donald Trump, lors d’une conférence de presse à Rancho Palos Verdes, en Californie, le 13 septembre 2024. (©AFP/Robyn Beck)

Quatre années après une défaite électorale face au candidat démocrate Joe Biden en novembre 2020 précédée d’un premier mandat marqué par un antagonisme à la participation des États-Unis à différents traités internationaux initiés par son prédécesseur et démocrate Barack Obama, suivi d’un historique et éphémère rapprochement avec la Corée du Nord pour ultérieurement s’achever par les accords d’Abraham en Août 2020 et la pandémie de COVID-19, le controversé candidat républicain fête ce jeudi 7 novembre 2024, sa victoire caractérisée par un score atteignant 301 voix de grands électeurs face à son adversaire Kamala Harris dont le nombre de voix favorables se limite à 226… une défaite pouvant partiellement s’expliquer par une considérable chute de popularité au cours de ces 4 dernières années de l’idéologie woke aux États-Unis, une idéologie fortement incarnée par la candidate démocrate. 

Alors que le quadriennat de Joe Biden fût gravé par l’éclatement de conflits inter-étatiques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient jusqu’aujourd’hui inachevés, de nombreuses questions aujourd’hui se posent tant au sein des sphères dirigeantes que de l’opinion publique internationale sur les futures et éventuelles perspectives de Donald Trump autour de ces thématiques. 

Sur la question ukrainienne 

Volodymyr Zelensky et Donald Trump lors d’une rencontre le 27 septembre 2024 à New York (AFP Photo / Ukrainian Presidential Press Service).

Durant cette campagne électorale de 2024, Donald Trump a affirmé être apte à « mettre un terme à la crise ukrainienne en l’espace de 24h » en cas de victoire électorale. 

Cette réplique reflète t-elle un objectif concret ou bien ne tendrait-elle pas à ne se réduire qu’à une ordinaire stratégie démagogique ? 

Les déclarations hostiles du 47ème président des États-Unis à l’encontre de l’OTAN assaisonnées finalement à un message de félicitation reçu de la part du président russe Vladimir Poutine effraient le bloc pro-Ukraine. 

La position du nouveau locataire de la maison blanche a en effet laissé imaginer une éventuelle fragilisation interne à court terme de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord après que ce dernier ait menacé d’abandonner aux griffes de la Russie tout membre européen de la dite organisation de coopération militaire ne se conformant pas à la recommandation du traité obligeant chacun d’eux à investir au minimum 2% de son PIB dans son budget de défense. 

Mais cela s’apparente davantage à un coup d’épée dans l’eau : les récalcitrants à cette obligation tendent généralement se placer géographiquement au plus loin des limes russes (Espagne, France, Royaume-Uni etc.), à contrario des pays les plus limitrophes tels que les pays baltes et la Pologne y investissant près de 3% voir 4% de leur PIB. 

Par ailleurs et jusqu’alors une part du camp républicain incluant son mentor Donald Trump s’est récemment montré favorable à un arrêt des distributions de dons s’élevant à plusieurs dizaines de millards de dollars américains destinés à Kiev, qualifiant le président ukrainien Volodymyr Zelensky de “meilleur représentant commercial au monde”. 

Néanmoins, cela ne reflète pas pour autant une volonté du nouveau président de délaisser Kiev au profit du Kremlin : les dons d’aide destinés à l’Ukraine devraient selon Trump être transformés en prêt à rembourser. De fait, l’Ukraine ne risque pas de se voir privée de son oxygène vitale. 

Aussi, ce discours désapprobateur du milliardaire vis-à-vis de la sponsorisation des États-Unis de l’état ukrainien ne peut s’apparenter qu’à de la démagogie face à une opinion publique américaine globalement importunée de voir ses impôts atterrir dans les caisses de Kiev, permettant de ce fait aux grandes industries d’armement de s’engraisser davantage au détriment des budgets jugés plus élémentaires par l’ensemble de la population. 

Puis d’un point de vue géopolitique, approcher les pions otaniens au plus près des limes russes en bafouant ainsi l’accord de 1991 de non-élargissement de l’OTAN vers l’Est accompagné d’un soutien logistique et financier américain à une Ukraine se tournant davantage vers l’ouest,  soit un ensemble constituant un casus belli pour Moscou, tend d’une part à divertir la Russie sur un front limitrophe au détriment de ses ambitions hégémoniques à l’échelle planétaire, puis à alimenter les relations tumultueuses préexistantes entre la Russie et l’Union Européenne, ce qui ainsi met à mal toute forme de projet eurasiatique qui pourrait de toute évidence endommager le degré de suprématie américain : une fracture accentuée entre Moscou et les états de l’UE nuit à la politique multi-vectorielle d’émancipation de ces derniers jusqu’ici considérablement satellisés par Washington DC ou leur second partenaire économique (voir premier dans certains cas) après la Chine.

Puis, cette tactique consistant à intimider la “Russie utile” au plus près de ses frontières s’inscrit dans une stratégie de diversion, en vue d’inciter Moscou à se centrer sur un front ukrainien limitrophe qu’elle sera de toute évidence amenée à prioriser et ce, dans l’objectif principal visant à endiguer son hégémonie à l’échelle internationale, cela au grand détriment des relations amicales et commerciales mutuellement bénéfiques entre l’UE et la Russie.

Ainsi, tenant compte du bénéfice que tendent à tirer les États-Unis sur le long terme de cette politique de soutien indéfectible à l’Ukraine initié par Joe Biden depuis le début du conflit ayant éclaté en février 2022, les futurs recours de son successeur républicain dans ce dossier ne devraient fort probablement qu’être autre que continuité.  

Dans le dossier moyen-oriental

Le President Donald Trump s’exprime devant d’éminents donateurs pro-Israël lors d’un événement intitulé « Combattre l’antisémitisme en Amérique » à Washington, D.C., le 19 septembre. (Chip Somodevilla/Getty Images).

À l’instar du cas ukrainien, le président Donald Trump se maintient oralement sur une volonté d’apaisement dans la région du Moyen-Orient jusqu’alors plongée dans un marasme sécuritaire depuis l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas en territoire israélien. 

Le premier mandat du républicain fut caractérisé par un soutien indéfectible à l’État Hébreux dans un premier temps par une décision de ce dernier visant à déménager l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, accompagnée d’une reconnaissance de souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, le tout pimenté durant la période électorale de 2024 par un discours élogieux du même candidat vis-à-vis de « la lutte menée par Israël contre le terrorisme ». 

Cette orientation pro-sioniste du président Donald Trump adoptée également par son adversaire Kamala Harris s’explique d’abord par une incontournable influence du célèbre lobby pro-israélien AIPAC, ou sponsor le plus lucratif des campagnes électorales aux États-Unis… un lobby pro-israélien constitué essentiellement de chrétiens évangéliques œuvrant à parvenir aux fins du messianisme protestant (branche du christianisme matrice des États-Unis d’Amérique) visant à encourager une émigration juive en terre de Palestine et à convertir au christianisme, ceci en vue de rétablir un état croisé au sein d’un territoire situé près d’une route maritime géographiquement et historiquement convoitée, le rendant tout particulièrement stratégique. 

D’un point de vue géopolitique, rappelons qu’il est indispensable dans l’intérêt de Washington-DC de garantir sur long terme une situation de bonne entente entre les pays arabes et Israël conformément aux accords d’Abraham initiés et encouragés par le même Donald Trump en août 2020 lors de son premier mandat et ce, au grand détriment de l’Iran qui observe sa situation d’insécurité géographique se pimenter davantage, ce qui parallèlement nuit ainsi aux intérêts de la Chine pour qui l’Iran représente à l’heure actuelle d’une part une bouffée d’oxygène en terme d’approvisionnement en pétrole vendu autrement qu’en dollar américain, puis d’une autre une alternative géographique aux territoires russes et turcs dans la cadre de son projet des « Nouvelles routes de la soie ». 

Lire l’article : Les outils de survie à long terme de la République Islamique d’Iran

Ainsi, la lignée pro-israélienne des États-Unis depuis l’attaque du 7 octobre 2023 sous la présidence de Joe Biden ne devrait très probablement que se solidifier davantage sous celle de Donald Trump, tel fut le cas sous son premier quadriennat. 

Aux États-Unis 

La vice-présidente Kamala Harris, à droite, salue la surintendante du National Parks Service, Shirley MaKinney, lors d’une visite au Stonewall Inn and National Monument, le lundi 26 juin 2023, à New York. (AP Photo/Mary Altaffer).

« La lutte pour l’égalité des droits est patriotique » a déclaré Kamala Harris lors d’une réception de la Pride 2023 accompagné plus tard par la nomination par cette dernière comme directrice de campagne Karine Jean-Pierre, une femme noire et ouvertement lesbienne suivie d’un fort dévouement au droit des LGBTQ+ et à l’IVG. 

Cela confirme de toute évidence un positionnement ferme et radical de la candidate démocrate sur la lignée wokiste, une idéologie dont la côte de popularité ne cesse de décliner depuis 2020 : selon The Economist, 60% des Américains déclaraient soutenir les valeurs dites « woke ». En 2024, ce chiffre est tombé à 45%, une baisse de 15 points en seulement quatre ans. Par ailleurs, plus de 55% des Américains associent de nos jours le terme « woke » à des connotations désapprobatrices, alors que quelques années auparavant, une majorité le percevait positivement. 

Ce déclin n’a pu que joué en la faveur du républicain Donald Trump, philosophiquement aligné sur orientation pro-patriarcale et promotrice de la virilité, soit des vertus d’un point de vue culturel pour une part considérable d’américains d’ethnie latino, afro-américaine ou d’origine arabo-musulmane, un fait ayant poussé ces derniers dans les bras du nouveau locataire droitiste de la Maison Blanche. 

Certains états ayant juridiquement interdit l’avortement tels que l’Idaho et le Texas en 2022 ont contribué, durant cette élection de 2024, à la victoire de Donald Trump. 

Néanmoins la victoire de ce dernier ne signifie pas pour autant que cette décision prohibitive alignée sur les valeurs trumpistes s’étalera sur le reste des États-Unis dont les états autonomes en détiennent la compétence : la Californie sous la coupe des démocrates a par exemple opté pour un chemin inverse à l’Idaho et le Texas à l’automne 2022. 

Sur l’immigration

Donald Trump au meeting d’El Paso, au Texas, début 2019. (Susan Walsh/AP)

« Ces criminels », « ces mangeurs de chats et de chiens » : les dernières paroles de Donald Trump à l’encontre de migrants haïtiens résidants de la ville de Springfield dans l’Ohio pourtant titulaires de titres de séjours valides qu’il menace d’expulser ne laissent aucun doute, le républicain campe sur sa position anti-immigration en vue de caresser ses traditionnels partisans y étant majoritairement favorables. 

En juin 2021, une procédure d’expulsion massive de migrants mineurs non-accompagnés recourue par le gouvernement Biden et sa collaboratrice de l’époque et adversaire de Donald Trump Kamala Harris fut condamnée par Amnesty International… un coup d’épée dans l’eau pouvant laisser penser que la future politique du nouveau locataire républicain de la maison blanche ne devrait que contribuer à la perpétuation voir l’accentuation de ce type de recours visant à rigidifier les frontières. 

En effet, Donald Trump envisageait en octobre 2024 de rétablir le décret 13769 abrogé par Joe Biden en janvier 2021 pour les ressortissants de certains pays à majorité musulmane en cas de victoire à la présidentielle de 2024. Aussi selon le Wall Street Journal, son conseiller principal en matière d’immigration, Stephen Miller, travaillerait sur ce plan visant à restreindre davantage l’immigration légale et illégale.

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