La Corée du Nord, un embarras vital pour ses traditionnels rivaux

Article publié le 10 février 2023 et transposé sur Le Sceptique

Rencontre entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un et l’ancien président américain Donald Trump lors du sommet Pyongyang-Washington DC à Singapour en 2018. (Source : Radio France).

L’intrusion d’un drone nord-coréen dans le ciel du secteur présidentiel de Séoul accompagné d’un récent tir de projectile à proximité de la zone économique exclusive sud-coréenne ainsi que d’un second au large du littoral japonais en novembre 2022, laisse à penser que le climat de trouble frappant cette région d’Asie de l’Est tend à se maintenir sur une lignée persistante à long terme. Cet ensemble d’attitudes provocatrices recourues régulièrement par Pyongyang et bien souvent observé comme problématique, présente paradoxalement divers bénéfices à tirer pour les différents acteurs de cette scène dont plus spécifiquement ses adversaires présumés.

La bête noire nord-coréenne, un motif de présence atlantiste aux portes de la Chine continentale

La péninsule coréenne située dans une des régions les plus stratégiques de la planète est le théâtre d’une lutte de détention du leadership mondial entre les deux grandes puissances américaines et chinoises.

Face à une Chine renforçant davantage son degré de suprématie à l’échelle mondiale, les États-Unis souhaitant préserver leur première place sur le podium international à des fins suprémacistes et d’auto-sauvegarde tentent d’œuvrer de leur côté à endiguer cette hégémonie par le recours à une stratégie d’intimidation principalement militaire au large du littoral chinois : les États-Unis ainsi qu’une part considérable d’autres entités membres de l’OTAN maintiennent une présence militaire au sein de territoires alliés situés à proximité des côtes chinoises dont Taïwan, les Philippines, le Japon et son archipel de Senkaku puis plus spécifiquement la Corée du Sud, plaçant ainsi l’adversaire chinois en situation d’insécurité géographique.

Les essais nucléaires et de missiles balistiques opérés par la Corée du Nord servant ainsi de justificatif affiché régulièrement par les États-Unis tendent ainsi à légitimer leur présence militaire sur ces territoires pions cités dont la Corée du Sud, une pointe d’épée pro-occidentale orientée non seulement en direction du littoral de Chine mais plus spécifiquement située à portée de la capitale Pékin, cœur central du pouvoir chinois. 

Les provocations menées par le pouvoir nord-coréen ainsi bénéfiques à moyen et long terme pour les intérêts américains le sont également pour son voisin et frère du Sud mais aussi pour le Japon et Taïwan entrevoyant une opportunité particulière à se couvrir d’un parapluie nucléaire et militaire atlantiste principalement face à un Empire du milieu dont la montée en puissance et l’appétit expansionniste relevant d’un cadre auto-protecteur inquiètent : Pékin songe historiquement à annexer l’archipel japonais de Senkaku d’une part dans un objectif de sécurisation de son littoral par un éloignement de toute présence tant existentiellement que potentiellement antagoniste à ses portes ainsi que pour s’emparer des ressources halieutiques, pétrolières et gazières de ces territoires convoités, ce qui lui permettrait par ailleurs d’affaiblir davantage son vieux et limitrophe concurrent nippon à son profit puis, dans un second temps, l’île de Taïwan toujours dans un but sécuritaire similaire et dont elle revendique la pleine souveraineté. 

Ces entités évoquées observent ainsi un intérêt particulier à conserver l’existence d’un voisin agitateur motivant une présence militaire et nucléaire américaine protectrice face à l’ogre chinois.

Les relations ambivalentes entre Pyongyang et son allié chinois

Les récurrents et récents tests balistiques et nucléaires constituant un aimant à une présence américaine au plus près des limes chinoises font de la Corée du Nord une zone tampon alliée bien encombrante pour Pékin sur le long terme, d’autant que ces attitudes provocatrices soient régulièrement instrumentalisées d’un point de vue diplomatique par les États-Unis contre le rival chinois dont ils reprochent une part de responsabilité indirecte, des accusations parfois suivies de diverses menaces de représailles.

La Chine alors importunée par la présence d’une puissance nucléaire nord-coréenne et pleinement souveraine à sa frontière puis voyant ses intérêts confrontés aux conséquences péjoratives des attitudes provocatrices de cette dernière, constate de ce fait une certaine nécessité à exercer diverses formes de pression à l’encontre de son allié tel que l’imposition de sanctions économiques visant l’importation de charbon nord-coréen, voir en tentant même de le vassaliser notamment par le recours tacite à la sponsorisation et la collaboration étroite avec de hauts dignitaires de la sphère commandante de Corée du Nord dont le tristement célèbre Jang Song-Taek ou bel oncle du dirigeant suprême Kim Jong-Un et ancien ministre de la sécurité d’état, exécuté en 2013… ou du moins peut-être simplement écarté du pourvoir et interdit d’apparaître en public, en raison d’une part de l’existence d’un rapport de force de longue date entretenu avec la dynastie Kim et d’autres cadres de la noblesse locale en terme de détention du leadership nord-coréen, notamment par sa considérable et problématique côte de popularité au sein du Parti des Travailleurs, accompagné de liens particulièrement étroits qu’il entretenait avec les autorités de Pékin, dont l’objectif de ces dernières consistait et consiste à contrecarrer le désir du pouvoir de Pyongyang de se maintenir sur une voie provocatrice à long terme attirant une présence atlantiste dans la région dont il tire partiellement profit et ce, en guise de levier de pression vis-à-vis de son allié chinois tout en l’incitant à s’investir davantage dans l’entretien de sa zone tampon imperméable face à cette présence américaine rivale en Corée du Sud et indispensable à sa sécurité extérieure, tout cela menant ainsi à la sauvegarde durable des élites nord-coréennes sur leur trône. 

L’échec du sommet Pyongyang-Washington DC à Hanoi ou le reflet de l’indéfectible rapport de force sino-américain 

Le 6ème essai nucléaire nord-coréen accompagné de menaces de frappes sur l’île américaine de Guam dans le pacifique en 2017 s’en sont suivi d’un processus d’accords américano-nord-coréens de désescalade militaire et de dénucléarisation de la péninsule coréenne avec comme intermédiaire incontournable Pékin qui, encombré par les provocations de son voisin et allié, tâchait d’œuvrer à une abréviation des tensions afin de décourager et éloigner la présence américaine de son littoral… les américains qui, par le fait d’une interdépendance économique entretenue avec leur concurrent chinois, constataient à court terme une certaine nécessité d’apaisement partiel, en vain. 

Washington DC alors bien trop préoccupé par son déclin croissant face à la montée en suprématie de son adversaire chinois ne voit d’autre remède que la continuité d’une stratégie habituelle d’intimidation géographique avec comme principal justificatif les tests nucléaires et balistiques de la Corée du Nord, qui de son côté en tire profit en incitant la Chine à agir à la préserver. Ces divers intérêts à long terme et propres à chaque acteur constituent ainsi une des principale source du point mort des pourparlers de paix suivant l’échec de la seconde rencontre entre les dirigeants américain et nord-coréen au Vietnam en 2019. 

En fin de compte, l’idée simpliste selon laquelle Pyongyang serait l’alliée inconditionnelle de Pékin et l’ennemie incontestable de première instance des États-Unis et de sa sœur du Sud est mise à mal par le fait qu’aucun acteur de la scène tant régionale que mondiale ne présente concrètement un intérêt quelconque à long terme à voir disparaître cette « embarrassante » Corée du Nord aux attitudes provocatrices dont chacun tend à profiter, d’autant qu’un projet de réunification des deux Corées à l’avenir paraît pour le moins utopique de par les évolutions culturelles et de systèmes politiques bien divergents depuis la division de la péninsule que par le coût élevé auquel s’exposerait Séoul si cette union avait lieu, puis enfin par le fait qu’aucune puissance étatique préexistante ne souhaite voir la fusion de deux états aux différents atouts complémentaires qui automatiquement conduirait fort probablement à l’émergence d’une nouvelle puissance économico-militaire et nucléaire aux portes notamment du Japon et de la Chine. 

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